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Université franco-ontarienne: pour qui et pourquoi?

Les débats organisés par Radio-Canada à Toronto vont bon train concernant le mégaprojet de l’Université de langue française en Ontario. Tout le monde s’entend pour affirmer qu’il s’agit d’une opportunité incontournable.

Toutefois, certaines dimensions de cet ambitieux projet demeurent délicates. Par exemple, devrait-on établir un seul établissement quelque part dans la grande région torontoise ou plusieurs campus à travers l’Ontario ?

Abordons le sujet en fonction de qui fréquentera l’Université de langue française en Ontario et des raisons pour lesquelles sa création est indispensable.

On peut dire que l’Université de langue française en Ontario sera destinée à tous les francophones et francophiles nés en Ontario et à tous ceux qui s’y sont établis en provenance d’ailleurs. Or qui sont les Franco-Ontariens d’aujourd’hui et où vivent-ils ?

Selon le site du Commissariat aux services en français, l’Ontario compte 611 500 francophones (2011), dont la majorité (42,2 %) vit dans l’est de la province. Faudrait-il donc établir le campus principal dans la région d’Ottawa ? Pas nécessairement.

Par ailleurs, 85 % des étudiants fréquentant nos deux collèges d’études postsecondaires de langue française à Toronto — le nerf politique de l’Ontario et économique du Canada — sont des nouveaux immigrants issus de la francophonie mondiale, plus des étudiants internationaux. Ces nouveaux arrivants francophones constituent une nouvelle démographie multiculturelle — en plein essor dans le Centre–Sud-Ouest — et le futur moteur de notre économie.

Ainsi, l’établissement d’une université de langue française sise dans les environs de la Ville reine paraît-il pertinent ? Oui, si l’on considère que l’un des principaux défis économiques de l’Ontario — comme ailleurs au pays — consiste à former notre nouvelle démographie grandissante afin qu’elle puisse nous faire prospérer.

Soulignons que la gestion d’une université francophone établie dans l'agglomération torontoise devrait répondre aux besoins d’une clientèle en grande partie immigrante devant la réalité de notre marché du travail : anglo-dominant, capitaliste, démocratique.

Notre université devrait fournir des services d’aide à l’emploi (comme toute autre université canadienne). Ici, il s’agirait, d’une part, de sensibiliser les étudiants nouveaux arrivants aux compétences exigées sur le marché du travail ontarien et, d’autre part, d’informer les employeurs ontariens quant à la politique d’inclusion culturelle. Car nos employeurs sont-ils aptes à intégrer notre démographie francophone multiculturelle au sein de leurs entreprises ? C’est une question cruciale de progrès socio-économique.

Importance de la francophonie

On peut dire que depuis 10 ans l’Ontario français a fait certains pas de géant et que nos politiciens semblent vouloir séduire l’électorat franco-ontarien et saisir — un peu mieux — l’importance et l’influence de la francophonie afin d’assurer l’évolution positive de la province.

Voici quelques étapes révélatrices. L’Ontario détient son propre ministère des Affaires francophones depuis 2017 ; il est membre observateur de l’Organisation internationale de la Francophonie depuis 2016 ; il soutient l’application de la Loi sur les services en français de 1986 (LSF) avec l’apport du Commissariat aux services en français. En 2016, le commissaire, Me François Boileau, a recommandé la refonte complète de la LSF. On attend la personne qui prendra le leadership pour faire avancer le projet à l’Assemblée législative. Un Ontario visionnaire, bilingue à 100 %? Pourquoi pas !

En outre, l’évolution économique de l’Ontario dépend en grande partie de ses relations avec notre voisin francophone, le Québec. En 2016, l’Ontario et le Québec ont signé sept ententes au terme de la rencontre des Conseils des ministres dans les domaines de l’innovation, du commerce de l’électricité, de l’environnement, du développement du Nord, de la culture, de la coopération réglementaire et de la foresterie.

L’Ontario et le Québec — qui hébergent la plus forte présence francophone au pays — forment la plus importante région économique au Canada, comptant pour environ 56 % du PIB et 53 % du commerce interprovincial.

Rappelons aussi les fonctions du Bureau du Québec à Toronto ciblant les relations fructueuses sur les plans intergouvernemental et institutionnel entre le Québec et l’Ontario, et les autres provinces. Le BQT joue un rôle de liaison actif auprès des ministères et organismes ontariens, y compris nos établissements scolaires.

La grande région torontoise — à une heure de vol de Montréal — représente notre pivot économique aux paliers interprovincial, national et international.

Donc, pourquoi ne pas démarrer le projet en établissant le premier campus de l’Université de langue française de l’Ontario au coeur du Centre–Sud-Ouest, centrée sur la francophonie au sens large ? Une question de vision sociale, économique et politique. Démarrons au plus vite !

 

Sources : Le Devoir