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Un débat qui donne la part belle aux enjeux dans la francophonie ontarienne

Le mardi 29 mai a eu lieu le débat francophone dans l’atrium de Radio-Canada. À quelques jours des élections, trois représentants des principaux partis politiques – Marie-France Lalonde (Parti libéral), Gila Martow (Parti progressiste-conservateur) et Gilles Bisson (Nouveau Parti démocratique) – ont répondu en français aux questions des journalistes Gabrielle Sabourin (Radio-Canada) et Étienne Fortin-Gauthier (#ONfr, Groupe Média TFO), des gens sur place et des internautes.

Les deux journalistes ont présenté les trois candidats qui briguent le poste de premier ministre – Kathleen Wynne (PL), Doug Ford (PC) et Andrea Horwath (NPD) – puis les candidats ont adressé un message aux francophones par le biais d’une vidéo. Seule la première ministre actuelle s’est exprimée en français.

Les trois représentants se sont ensuite affrontés pendant plus de deux heures en duel. Il faut dire que le débat fut assez houleux par moment. La candidate Marie-France Lalonde, pour la circonscription d’Orléans, a reçu de nombreuses attaques, dont une sur le bilan du gouvernement actuel et sur celui des libéraux au pouvoir depuis 15 ans.

« Ça fait 15 ans que vous êtes là, et la situation est pire qu’il y a 15 ans », a lancé Gilles Bisson, candidat de la circonscription de Timmins. Il a aussi demandé pourquoi les libéraux ont lancé certains dossiers, tel celui de l’Université de l’Ontario français, à l’approche des élections provinciales. Gila Martow, candidate dans la circonscription de Thornhill, est d’accord sur ce point et a confirmé que « ce n’est pas mieux au nord ».

Mme Lalonde a rétorqué plusieurs fois à ces attaques et notamment par ses mots à l’attention de M. Bisson : « Ça vous a pris 10 jours pour traduire votre plateforme » en français. À de nombreuses reprises, elle répondait aux questions par des questions adressées aux deux autres représentants.

Le NPD s’est aussi fait remettre à sa place lors de cette soirée. Vers la fin du débat télévisé, Gila Martow a signalé que « les libéraux nous ont amenés au bord d’un précipice fiscal et le NPD va nous pousser par-dessus bord ».

Le PC a lui été attaqué plusieurs fois par M. Bisson et Mme Lalonde. Dans son message clôturant la partie télévisée du débat, Gilles Bisson a dit que les libéraux étaient finis et a ajouté « est-ce que l’on veut les conservateurs de Doug Ford? Il faut se doter d’un vrai changement ». De son côté, Gila Martow a tenté de rassurer les électeurs en conférence de presse en affirmant que les francophones ne devaient pas avoir peur de Doug Ford.

Tous les candidats ont défendu le programme de leur parti politique, bien que peu de choses aient été dites sur le programme de chacun.

Pour sa part, le candidat néo-démocrate n’arrêtait pas de glisser, entre deux phrases dites par ses opposantes, « votez NPD » et, comme tout politicien, il lui est arrivé à plusieurs reprises de ne pas vraiment répondre aux questions.

Les deux animateurs se sont permis d’intervenir pour recentrer le débat.

Tous ont défendu leur position tant bien que mal et aucun n’est vraiment ressorti gagnant de ce débat. Le temps qui était alloué aux candidats n’était pas très long, ce qui ne leur donnait pas beaucoup de marge de manoeuvre pour s’exprimer. Ils se coupaient beaucoup la parole, ce qui rendait certains échanges inaudibles.

Il y avait tellement de questions que ce soit de la part du public ou sur les réseaux sociaux que le débat a dû être prolongé de 15 minutes. Les téléspectateurs qui suivaient le débat en direct ont forcément raté une partie des échanges qui étaient ensuite diffusés à la radio et en direct sur les différents réseaux sociaux.

Trois grands thèmes ont d’abord été abordés. La question de l’électricité, de la santé et de l’éducation. Le débat s’est ensuite concentré sur la francophonie en Ontario.

 

Les services de santé pour les francophones

Les services de soins de santé en langue française ont aussi été un thème cher aux spectateurs et aux candidats. Dans son message Doug Ford a indiqué qu’il souhaitait recruter des médecins au Québec. Gila Martow a ajouté qu’il était important que le personnel de santé ne parle pas uniquement le français, mais soit bilingue pour servir tout le monde. Le NPD a souligné qu’il ouvrira 35 centres de santé communautaires dont certains offriront des services en langue française. Marie-France Lalonde a notamment rappelé que les libéraux s’étaient engagés à 500 nouveaux lits pour les soins de longue durée dans les cinq prochaines années.

 

L’éducation de langue française

Pour les trois principaux partis, l’éducation francophone a donné lieu à des échanges musclés. Dans leurs messages Doug Ford et Andrea Horwath ont annoncé qu’ils souhaitaient financer l’Université de l’Ontario français. Mme Wynne a dit qu’elle souhaitait continuer le projet qui n’a actuellement pas de véritable financement.

M. Bisson a insisté sur le fait que c’est le gouvernement de Mike Harris (PC) qui avait fermé le Collège des Grands Lacs dans le Centre-Sud-Ouest ontarien et qu’il existait déjà une université francophone à Hearst. Pour lui, il était nécessaire de travailler de concert avec cette dernière et de collaborer. En conférence de presse, il s’est engagé dans les 100 premiers jours après l’élection, si le NDP est élu, à accélérer ce projet.

Mme Lalonde a, quant à elle, rappelé que c’est le gouvernement de Mme Wynne qui a commencé le dossier. Pour sa part, Mme Martow veut développer des partenariats avec les universités francophones partout dans le monde.

 

La Loi sur les services en français (Loi 8) 

M. Bisson a dit que le NPD allait revoir cette Loi dans les 100 premiers jours après l’élection. Mme Lalonde, quant à elle, a confié que cette Loi allait être modernisée, sans donner d’autres détails. Mme Martow a, elle, glissé que le PC allait consulter les organismes francophones.

 

L’immigration francophone 

Les deux candidats d’opposition ont critiqué le bilan libéral sur le plan l’immigration francophone en Ontario. La candidate dans la circonscription de Thornhill a déploré le fait que certains diplômes étrangers ne soient pas reconnus au Canada, ce qui ne permet pas aux immigrés de trouver un emploi à leur juste valeur et qui correspond à leurs qualifications. Pour elle, il est nécessaire de former plus d’enseignants francophones qui pourront par la suite former les professionnels de demain.

 

D’autres points n’ont néanmoins pas été évoqués. Dans le débat de TFO, quelques jours auparavant, Fayza Abdallaoui confiait que le logement abordable était un véritable enjeu pour les familles immigrantes francophones. La question du logement n’a pas du tout été abordée que ce soit au cours des débats télévisé et radiophonique ou en conférence de presse. Gilles Bisson, candidat NPD pour la circonscription de Timmins, a mentionné que son parti allait bâtir des unités à but non lucratif. « Quand on était au gouvernement, de 1990 à 1995, nous avons bâti beaucoup d’unités à but non lucratif qui sont encore là aujourd’hui. C’est un bon investissement (…) ».

Aux électeurs maintenant de faire leur choix !

 

Sources : Le Metroplitain