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Ottawa songe à revoir le financement et le fonctionnement du Fonds de la musique

Le gouvernement fédéral devrait apporter l’an prochain des changements depuis longtemps attendus à un fonds dont l’objectif est de soutenir le secteur musical canadien, soit environ deux ans après que les premières recommandations en ce sens eurent été soumises à la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly.

Le financement du Fonds de la musique du Canada (FMC), qui s’élève à 24 millions $, n’a pas été revu depuis une décennie alors que les demandes ne cessent d’augmenter en raison de l’impact de la révolution numérique sur ce secteur culturel.

Même si le budget fédéral de 2018 n’en fait aucune mention, les libéraux de Justin Trudeau ont affirmé en privé qu’ils allaient augmenter le financement du FMC, sans toutefois préciser de combien. Ils prévoient également changer la manière dont l’argent est distribué à la lumière de la chute des ventes de disques et de la croissance des services de diffusion en continu comme Spotify et Apple Music.

Des membres de l’industrie ont confié sous le couvert de l’anonymat que des représentants du fédéral avaient laissé entendre que ces changements au FMC feraient partie du prochain budget, le dernier à être présenté avant les élections de 2019.

Le cabinet de Mme Joly a transmis les questions à son ministère.

Dans un courriel, une porte-parole de Patrimoine canadien a indiqué que le gouvernement travaillait de concert avec les experts du secteur pour s’assurer que la refonte du FMC était effectuée avec diligence et fournirait aux musiciens canadiens le soutien dont ils ont besoin pour prospérer dans le contexte actuel.

Elle a ajouté que les parties prenantes planchaient toujours sur les recommandations concernant les changements précis à apporter au FMC.

L’argent du FMC vise à appuyer les entreprises canadiennes évoluant dans les domaines de l’enregistrement, de la promotion et de la distribution de la musique au Canada et ailleurs de même qu’à les aider à régler l’un des principaux problèmes financiers de l’industrie : l’accès à du capital.

« L’industrie dans l’ensemble a tendance à avoir de la difficulté à obtenir des prêts bancaires traditionnels pour ses produits parce que ces derniers, des chansons, ne sont pas concrets. Ce ne sont pas des meubles ou une voiture », a expliqué Stuart Johnson, le président de l’Association canadienne de la musique indépendante.

Pendant des années, les ventes de disques ont figuré parmi les critères utilisés pour déterminer la valeur des subventions accordées, mais cet aspect a perdu de sa pertinence à mesure que les ventes d’albums physiques déclinaient au profit de la musique en ligne.

D’après des documents préparés par Patrimoine canadien à la fin de 2016, les revenus liés à la diffusion en continu ont presque triplé au Canada entre 2014 et 2016, représentant 17 pour cent des revenus générés par la musique enregistrée.

Près de deux ans plus tard, cette tendance ne donne aucun signe d’essoufflement.

Selon les documents, il semble toutefois que les artistes canadiens peinent à se démarquer sur les plateformes de diffusion en continu, eux qui ne comptaient en 2016 que pour 10 pour cent du contenu musical diffusé en continu au pays, soit bien en deçà du 35 pour cent de temps d’antenne exigé pour la radio.

Les services de diffusion en continu réduisent donc de manière considérable l’impact de la réglementation en matière de contenu canadien, notent les documents, dont La Presse canadienne a obtenu copie en vertu de la Loi sur l’accès à l’information.

Ces derniers suggèrent d’offrir du financement aux artistes afin de leur permettre de devenir concurrentiels en ligne, plus particulièrement sur le marché francophone qui « est maintenant confronté à des services de diffusion en continu internationaux dominés par le contenu anglophone », de percer dans les marchés étrangers et de gagner davantage d’argent chaque fois que leurs chansons sont diffusées.

 

Sources : Le Devoir