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Les Anglo-Québécois appuient les francophones hors Québec

OTTAWA – L’organisme porte-parole des anglophones du Québec, Quebec Community Groups Network (QCGN), joint sa voix à celle de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada pour demander une modernisation de la Loi sur les langues officielles.

«Nous voulons faire partie des discussions et nous assurer d’être inclus à la modernisation de la Loi et des règlements pour qu’ils s’appliquent aussi à la communauté anglo-québécoise», explique le président de QCGN, James Shea, à la sortie de sa comparution devant le comité sénatorial des langues officielles, ce lundi.

Pendant une heure, il a notamment milité pour un meilleur accès des anglophones du Québec à la fonction publique fédérale à l’extérieur de la région de la capitale nationale.

L’organisme, qui regroupe plus de 56 communautés anglophones du Québec, a aussi rappelé l’importance de la Loi pour protéger les intérêts des Anglo-Québécois.

«Pour les Anglo-Québécois, le gouvernement fédéral est un protecteur contre le gouvernement du Québec», explique la politologue de l’Université d’Ottawa, Linda Cardinal. «C’est différent pour les francophones de l’extérieur du Québec qui, eux, ne veulent pas se mettre à dos leurs gouvernements provinciaux respectifs.»

Selon M. Shea, la modernisation doit s’articuler autour de l’égalité de statut du français et de l’anglais, du contexte et des besoins différents de chacune des communautés de langue officielle en situation minoritaire et de l’obligation pour le gouvernement fédéral de mieux consulter et tenir compte de l’avis de celles-ci. Une demande que l’on retrouvait déjà dans le mémoire de la FCFA.

 

Points communs

De nombreuses mesures préconisées par QCGN rejoignent d’ailleurs celles de l’organisme porte-parole des francophones de l’extérieur du Québec. Un constat peu surprenant puisque le mémoire de QCGN a été préparé par le cabinet d’avocats spécialisé en droits linguistiques, Juristes Power.

L’organisme demande entre autres de revoir périodiquement la Loi et ses règlements, de mettre en place un tribunal administratif et des possibilités de sanctions en cas de manquement des institutions fédérales à leurs obligations linguistiques et de clarifier certains termes de la Loi, comme celui des «mesures positives» que le gouvernement fédéral est censé prendre pour aider à la protection et à l’épanouissement des communautés.

Il souhaite également une meilleure reddition de compte en matière d’investissements fédéraux en éducation, mais à la différence de la FCFA, refuse de nommer une institution pour veiller au plein respect de la Loi, là où l’organisme francophone ciblait le Conseil du Trésor.

«Actuellement, il n’y a pas d’institution centrale pour veiller au respect de la Loi sur les langues officielles. Cela fonctionne en silo et nous pensons que c’est quelque chose qu’il faut régler.»

Symbolique?

Les Anglo-Québécois militent également pour lever l’exception à l’obligation de bilinguisme, prévue dans la Loi sur les langues officielles, pour les juges à la Cour suprême du Canada et aimeraient que les obligations linguistiques soient davantage prévues dans les ententes entre le gouvernement fédéral et les provinces.

«L’anglais n’est pas menacé de disparaître, mais nous voulons nous assurer de pousser pour que notre communauté ait l’opportunité d’apprendre aussi le français et pour participer à la société en gardant son identité.»

Le codirecteur de l’Observatoire national en matière de droits linguistiques, Frédéric Bérard, considère la demande de QCGN comme avant tout symbolique.

«Les Anglo-Québécois n’ont pas les mêmes combats à mener que les francophones de l’extérieur du Québec. Pour eux, la modernisation est surtout symbolique et théorique, car même si on donne plus de pouvoirs au commissaire aux langues officielles, que fera-t-il de plus pour les Anglo-Québécois ou pour changer la réalité politique du Québec?»

 

Rare rapprochement

Le soutien de QCGN, s’il n’a rien d’étonnant reste toutefois peu courant, remarque Mme Cardinal.

«Sur certains enjeux, les Anglo-Québécois et les francophones de l’extérieur du Québec peuvent se retrouver, mais ça n’a pas toujours été le cas. À certains moments, on disait que les francophones hors Québec faisaient le travail et que les Anglo-Québécois en récoltaient les fruits.»

Aujourd’hui, la situation a changé, mais la relation n’a guère évolué, estime-t-elle.

«Il y a une ignorance mutuelle. Ce sont les fameuses deux solitudes que l’on peut transposer au niveau des communautés de langue officielle en situation minoritaire. Pour les francophones hors Québec, le rapprochement se fait plus naturellement avec Canadian parents for french qui, comme francophiles se battant pour le bilinguisme, sont plus vus comme des alliés.»

Alors que le sénat poursuit son étude sur la modernisation de la Loi, la politologue de l’Université d’Ottawa s’inquiète du silence de la majorité dans le processus actuel.

«Ce qui manque dans ces consultations, c’est l’avis des communautés majoritaires: les anglophones à travers le Canada et les francophones du Québec. La Loi sur les langues officielles est une loi canadienne, ce n’est pas seulement celle des minorités.»

Sources : onfr.tfo.org