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L’emploi recule au Québec, mais le marché du travail demeure vigoureux malgré tout

Après quelques mois de forte croissance, l’évolution du marché de l’emploi a été pitoyable en janvier, mais plusieurs régions du Québec se trouvent quand même en situation de pénurie de main-d’oeuvre.

Le Québec a perdu 17 000 emplois au cours du premier mois de 2018, un repli qui survient dans la foulée de 55 000 nouveaux postes créés à la fin 2017. Le taux de chômage était tombé à 5 %. Vendredi, il est revenu à 5,4 %.

« Les tendances démographiques défavorables exercent une pression baissière sur le taux de chômage un peu partout au Québec », a opiné Hélène Bégin, économiste au Mouvement Desjardins. « Le bassin de travailleurs potentiels, soit le nombre de personnes de 15 à 64 ans, traverse une période de déclin dans la plupart des régions. »

La pénurie de main-d’oeuvre préoccupe le ministère des Affaires municipales depuis un certain temps déjà. Dans son portrait de la situation du Centre-du-Québec, un document publié dans le cadre de sa stratégie 2018-2022 sur la « vitalité des territoires », il évoque le cas de Drummondville. « Plusieurs entreprises, désireuses de s’y installer ou d’y prendre de l’expansion, hésitent de crainte d’être incapables de pourvoir les 3000 postes qui seraient ainsi créés au cours des 18 prochains mois », écrit-il.

Dans l’ensemble, le Québec compte aujourd’hui 71 000 emplois de plus qu’en janvier 2017, a relevé Statistique Canada. La création d’emplois à temps plein a été plus importante que la disparition de postes à temps partiel. Le taux de chômage a également diminué de 0,9 point de pourcentage au cours de cette période.

L’année 2017 dans son ensemble a symbolisé une sorte de renouveau dans l’économie québécoise. Au cours des dix premiers mois de l’année, le produit intérieur brut a crû de 3,1 %, un rythme que le Québec n’a pas vu depuis des années. « La croissance en octobre est surtout attribuable aux secteurs de la fabrication, du commerce de gros et du commerce de détail, ainsi qu’au secteur des services professionnels, scientifiques et techniques », a indiqué l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) lors de la publication des plus récentes données le 30 janvier.

La majorité des économistes, pour ne pas dire tous, s’attend à ce que l’année 2018 génère une croissance inférieure à celle de l’an dernier, soit environ 2,3 %.

Au Canada

L’économie canadienne a perdu 88 000 emplois au cours du mois de janvier, un recul portant son taux de chômage de 5,8 % à 5,9 %.

« Le taux de chômage est encore faible et l’économie est tout près du plein-emploi », a estimé l’équipe d’économistes de la Banque TD. Le niveau de rémunération a augmenté, mais pas au point de refléter les changements au salaire minimum en Ontario.

La difficulté qu’éprouvent des entreprises à trouver la main-d’oeuvre nécessaire pourrait se traduire par une hausse de la rémunération. Si c’était le cas, cela pourrait inciter la Banque du Canada à augmenter son taux directeur un peu plus en 2018. Le sort de l’ALENA comporte cependant son lot d’incertitude. « Dans le contexte d’une hausse générale des taux d’intérêt, il nous est difficile de voir comment la Banque du Canada pourrait augmenter son taux directeur de plus de 25 points de base cette année [en plus de la hausse annoncée en janvier]. »

La Banque du Canada a relevé son taux directeur à trois reprises depuis l’été 2017 pour l’amener à 1,25 %. Les autorités tiennent compte de la vigueur de l’économie de même que la hausse des prix à la consommation, l’objectif étant de maintenir sa croissance autour de 2 %.

Le mois de janvier n’est qu’un mois, a rappelé la Banque CIBC, et il ne faudrait surtout pas prendre les données statistiques au pied de la lettre. « La disparition de 88 000 emplois au Canada sème le doute et nous force à demander si le sondage, qui montrait des gains énormes dans les deux derniers mois de 2017, devrait être surveillé de près pour évaluer la vigueur à court terme du marché de l’emploi. »

Source: Le Devoir