Blog > EMPLOI

Des changements au programme albertain de sélection des immigrants

Des travailleurs temporaires étrangers peuvent souhaiter s'installer en Alberta après y avoir vécu une bonne expérience professionnelle. Le programme albertain de sélection des immigrants (AINP) est un moyen que la province a créé pour les aider, mais surtout pour combler ses propres besoins en main-d'œuvre. Le gouvernement Notley a promis de l'améliorer, et les changements devaient entrer en vigueur le 2 janvier. À la mi-décembre, cette échéance a été reportée... à une date indéterminée.

Un texte de Jean-Marie Yambayamba

Pour avoir moi-même suivi le parcours d'un travailleur temporaire étranger à celui de résident permanent, je peux témoigner que cette expérience n'est pas une partie de plaisir. Le défi est de taille, sans appui, pour entrer dans la culture professionnelle d'ici, sans avoir de réseau à exploiter ni de possibilités de se reconvertir dans une nouvelle profession. Je ne peux qu'admirer les efforts des gouvernements pour réduire ces contraintes et le stress qui peut en résulter.

Mêmes critères pour tous

L'intention affichée des néo-démocrates au pouvoir en Alberta est de simplifier et d'accélérer la sélection des candidats immigrants prêts à répondre aux besoins du marché du travail albertain. Actuellement, le programme provincial comporte plusieurs filières, et chacune a plusieurs catégories et exigences auxquelles il faut satisfaire.

La première filière concerne les candidats qui ont une expérience ou une certification professionnelle de l'Alberta (Strategic Recrutment Stream). La deuxième s'applique à ceux qui sont recommandés par des employeurs (Employer-Driven Stream). La dernière s'adresse aux candidats qui ont l'expérience nécessaires et des fonds pour acheter et exploiter une ferme (Self-employed Farm Stream).

Le nouveau programme, l'Alberta Opportunity Stream, fusionne les trois filières et impose à tous les candidats immigrants le même ensemble de critères d'admissibilité. Cette modification donne aussi la possibilité de fixer un quota annuel de demandes acceptées et de sélections pour certains secteurs et certains postes dans la province. La province ajoute par ailleurs la filière d'entrée « Alberta express », qui permettra de sélectionner des candidats dans la banque du programme fédéral « Entrée express ».

Toutefois, les candidatures reçues avant l'entrée en vigueur du nouveau système seront traitées en vertu de l'ancien.

Des candidats sur place

Il convient de rappeler que, contrairement au programme fédéral des travailleurs étrangers, le programme de sélection albertain ne fait pas venir des travailleurs étrangers dans la province. Il permet aux détenteurs d'un permis de travail de demander la résidence permanente, si leur employeur peut démontrer qu'ils occupent des postes où des Canadiens ou des Albertains ne sont pas disponibles. Depuis des années, l'Alberta remet annuellement un maximum de 5500 certificats de sélection, en vertu de ce programme.

Le ministère du Travail prévoit que, d'ici 2025, la province aura de la place pour 5434 infirmières, 2322 techniciens médicaux, 1426 informaticiens, 1386 gérants en construction et dans les transports, et 1145 superviseurs de ventes et services. Ces indications limitent évidemment la variété des candidatures admissibles en vertu du programme provincial de sélection des immigrants.

Transition en douceur

Après leur victoire électorale en mai 2015, les néo-démocrates ont placé l'immigration sous la tutelle du ministère du Travail. Dans un courriel du 30 janvier dernier, Nicole Appleton, conseillère en communications à ce ministère, m'a expliqué que des parties intéressées ont demandé davantage de temps pour assurer une transition en douceur de l'ancien au nouveau programme. La province et ses partenaires veulent s'assurer que le nouvel AINP sera plus simple que l'ancien, conforme aux orientations fédérales et avantageux pour les immigrants économiques. « L'objectif reste le même : mieux positionner les travailleurs étrangers en Alberta pour leur succès à long terme en vertu des normes conformes aux exigences fédérales », rappelle Nicole Appleton.

Les parties intéressées, dont la province, les Catholic Social Services et le gouvernement canadien, refusent de s'exprimer sur ce dossier pendant la durée de leurs pourparlers.

Changer la donne

L'enjeu reste de tenter de changer une situation difficile à comprendre dans une province qui a besoin de main-d'œuvre. Les immigrants ont beau avoir la formation, les habiletés et la volonté de travailler, leurs taux de chômage et de sous-emploi restent très élevés, malgré les nombreuses offres d'emploi, rappelle le Conseil de l'emploi des immigrants pour la région d'Edmonton, l'ERIEC.

Les immigrants sont des ingénieurs, des comptables, des enseignants, des informaticiens, des gérants de ventes et de marketing, des électriciens, des mécaniciens, des soudeurs ou des charpentiers. Ils se heurtent habituellement à des obstacles de langue et de reconnaissance de leurs qualifications. Ils doivent aussi se familiariser avec une nouvelle culture d'entreprise. À défaut de surmonter ces obstacles et pour survivre, ils se rabattent souvent sur des emplois qui demandent un niveau d'instruction faible, notamment les services et le secteur manufacturier.

Le programme albertain de sélection des immigrants est censé corriger ce genre de situation. L'ERIEC y voit un potentiel pour la clientèle qu'il est appelé à servir. « Nos programmes sont financés par les gouvernements provincial et fédéral. Ils s'arriment donc bien aux politiques fédérales et albertaines pour attirer des talents et de la main-d'œuvre et pour aider les nouveaux arrivants à s'intégrer à leur nouveau milieu, au Canada », explique son directeur, Doug Piquette.

Réseautage et mentorat

Depuis 2008, l'ERIEC travaille en collaboration avec les entreprises, les fournisseurs de services aux immigrants, des professionnels, des employeurs et les trois ordres de gouvernement. « La vision de notre organisation est d'aider les immigrants à trouver des emplois dans leurs champs de compétence. Nous tentons de réduire les défis et les barrières auxquels la plupart d'entre eux sont confrontés en arrivant au Canada », souligne Doug Piquette.

L'ERIEC se sert d'un programme de mentorat de carrière et d'un programme de réseautage de carrière. « Nous réalisons chaque année 130 jumelages d'immigrants qui ont des qualifications professionnelles avec des employeurs et des employés bénévoles. » Le mentorat dure 24 heures sur une période de quatre mois et comprend un volet professionnel et un volet culturel. Quant au réseautage, il permet aux participants de bâtir leur propre capital social pour se rapprocher des employeurs potentiels et des possibilités d'emplois.

L'ERIEC aide aussi les immigrants à développer leur capacité de transférer leurs habiletés d'un domaine à un autre. « Beaucoup de gens arrivent avec des formations en ingénierie, en finance ou en comptabilité. Ils souhaitent travailler dans leur domaine. Mais développer vos habiletés transférables peut vous aider à vous reconvertir dans un autre secteur », assure Doug Piquette.

À surveiller

J'attends avec impatience de découvrir le nouveau programme albertain de sélection des immigrants. Qu'est-ce que j'espère y trouver? Trois choses essentiellement : que ce programme garantisse une forme de mentorat culturel et professionnel, qu'il stimule le réseautage socioprofessionnel et qu'il encourage la transférabilité des habiletés professionnelles. À mon avis, sa pertinence et son succès en dépendront.

 Source: Radio-canada